Accueil / Actualités / Session des 19 & 20 décembre 2019 : discours de politique générale de Stéphane Perrin

Session des 19 & 20 décembre 2019 : discours de politique générale de Stéphane Perrin

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Notre session se tient dans un contexte social à nouveau tendu. L’an dernier, à la même époque, la crise dite des gilets jaunes atteignait un sommet, les faits de violence prenant peu à peu a pris le pas sur la contestation populaire des débuts.


Un an plus tard, si le calme est revenu, il est peu probable que les ferments de cette crise aient disparu. Un sentiment de déclassement, de relégation pour une partie de nos concitoyens, persiste et la résignation constitue un sentiment tout aussi dangereux que l’expression ouverte de la colère.

Pour autant, la situation économique est loin d’être catastrophique si l’on s’en tient aux statistiques publiées par l’INSEE pour la Bretagne :

  • le taux de chômage diminue pour s’établir à 7% (baisse qui concerne tous les départements),
  • le nombre d’emplois salariés augmente dans tous les secteurs quand le nombre de chômeurs qu’il soit de catégories A, B ou C diminue,
  • le nombre de créations d’entreprises s’accroît quand celui des défaillances d’entreprises chute.

Si ce constat peut être dressé pour l’ensemble du pays, force est de constater que la situation en Bretagne est meilleure encore pour l’essentiel des paramètres que je viens de citer.

D’où vient dès lors ce sentiment de mécontentement persistant, de colère sourde ? Pourquoi notre société reste ainsi en tension ?

D’abord du sentiment que l’effort reste inégalement réparti. Je l’avais dit ici il y a un an à propos de la politique fiscale rappelant l’attachement des Radicaux à la progressivité de l’impôt alors que se mettait en place l’impôt forfaitaire sur le capital.

Je peux réitérer le même exercice aujourd’hui s’agissant des retraites. Les Radicaux se sont depuis longtemps exprimés en faveur d’un régime de retraite par points et universel. Mais cette universalité n’a de sens que si elle s’appuie sur la justice sociale.

Or, dans les statistiques du chômage que j’évoquais précédemment, il est significatif de constater que le chômage des plus de 50 ans et celui des chômeurs de longue durée augmente. De même, l’écart d’espérance de vie entre un ouvrier et un cadre âgé de 35 ans est de plus de 6 ans, écart d’ailleurs constant depuis plus de 25 ans.

Dans ces conditions, la question de l’âge pivot n’est pas secondaire et n’est pas juste le fait d’une posture syndicale.

C’est particulièrement le cas dans une région comme la nôtre avec le poids du secteur agroalimentaire ou des soins à la personne, autant de salariés particulièrement exposés aux troubles musculo-squelettiques. Souvent évoqués dans notre enceinte aux temps partiels contraints essentiellement pour les femmes.

Et parce que ces métiers présentent des problèmes d’attractivité (chacun de nous ici a entendu parler de difficultés de recrutement dans ces secteurs sur son territoire), le traitement de la question de la pénibilité est d’intérêt général.

Il est regrettable que la décision ait été prise en début de quinquennat de supprimer le compte pénibilité. La négociation sur les retraites qui vient d’être relancée offre une opportunité de traiter à nouveau cette question dans un objectif d’équité et de justice.

Un autre facteur de tension est la persistance d’un processus décisionnel encore trop centralisé dans notre pays. C’est peu dire que les Radicaux n’ont jamais été de grands chantres de la Ve République.

Mais nous atteignons quand même franchement les limites du système hyper présidentiel. L’élection d’une personne seule ne permettra jamais de créer les conditions de la cohésion et de la concorde.

Je sais qu’il se trouve dans cet hémicycle des spécialistes de la notoriété présidentielle. Je pense qu’il s’agit surtout le fait de personnes qui sont elles-mêmes en mal de notoriété. Je note d’ailleurs que nos spécialistes de la notoriété des présidents se sont montrés suffisamment clivants pour être minoritaires électoralement dans cette enceinte.

Peut-être est-ce pour tenter de masquer cette évidence qu’ils répètent à l’envi qu’ils sont les seuls vrais représentants du peuple… Je ne doute pas d’ailleurs qu’on retrouvera les mêmes dénoncer dans quelques temps la manipulation des sondages…

Mais l’essentiel n’est pas là. Le vrai sujet, plus que la personnification du pouvoir est la capacité à rassembler et à mobiliser les citoyens.

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est l’action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. […] La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. »

On croit entendre comme un plaidoyer pour la démocratie participative, partout évoquée aujourd’hui. Ce propos date de 1962. Il est celui de Pierre Mendès-France dans un ouvrage opportunément titré « Pour une République moderne ».

Les Radicaux, Monsieur le Président, vous sont reconnaissants de faire vivre ce précepte mendésiste. Il s’agit tout autant d’un précepte breton, la Bretagne cette région qui se singularise par la force du fait régional, du mouvement coopératif et associatif.

Plus que jamais, il faut se garder des postures clivantes et au contraire mobiliser et rassembler. Skoaz ouzh skoaz !

Faire vivre le dialogue social, la négociation entre les partenaires sociaux à tous les échelons. J’en profite pour saluer l’accord trouvé, avec la totalité des syndicats représentant les agents de la Région à propos du nouveau régime indemnitaire au terme d’une négociation longue mais fructueuse.

Mobiliser tous les acteurs et tous les territoires dans le cadre de la Breizh Cop pour assumer la transition écologique sans laisser personne au bord du chemin.

C’est associer le monde agricole à l’évolution des modèles de production plutôt que le stigmatiser afin de combiner performance économique et performance environnemental.

C’est maintenir l’effort de formation pour mettre réellement fin à l’assignation à résidence et ramener vers l’emploi ceux qui en sont le plus éloignés.

C’est soutenir l’action de l’Établissement public foncier de Bretagne pour continuer à produire des logements abordables tout en luttant contre l’étalement urbain, préserver les milieux naturels, lutter contre la précarité énergétique.

De tout ceci il sera question dans notre session. Certes il y a fort à parier que cela retiendra peu l’attention médiatique, en tout cas moins que l’actualité de Nolwenn Leroy.

Mais derrière ces délibérations, qui n’ont rien de technocratiques, c’est le quotidien de ménages bretons, d’exploitations agricoles, d’entreprises qui est directement concerné. Et cela vaut bien tous les prix de notoriété.

À voir aussi !

Discours de Sylvie Argat-Bouriot sur les dynamiques territoriales emploi-formation en Bretagne

La nomenclature du budget est bien le reflet de l’engagement du Conseil Régional de Bretagne …

Session du Conseil régional des 13 & 14 février 2020 : intervention de Stéphane Perrin

Monsieur le Président, mes chers collègues, Notre session s’ouvre quelques semaines après que le Brexit …

Convention territoriale d’exercice concerté des compétences « emploi, insertion et formation » entre : la Région Bretagne – les Départements des Côtes d’Armor, du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine et du Morbihan – Brest Métropole et Rennes Métropole : intervention de Sylvie Argat-Bouriot

Monsieur le Président, mes Cher(es) collègues, Les demandeurs d’emploi ne sont pas tous égaux face …

Session plénière du 28 novembre : intervention de Stéphane Perrin concernant le SRADDET

Monsieur le Président, mes chers collègues, L’adage populaire dit que c’est au pied du mur …

Intervention d’Alain Le Quellec concernant l’Observatoire de l’Environnement en Bretagne

En politique c’est très bien d’utiliser des symboles et de donner toute leur place aux …

Session du 10 octobre 2019 : discours de politique générale de Stéphane Perrin

Monsieur le Président, mes chers collègues, La période récente a aussi été marquée par une …

Session du 20 ET 21 juin 2019 : présentation du rapport financier 2018 par Stéphane Perrin

Session du 20 et 21 juin 2019 : discours de politique générale de Stéphane Perrin

Monsieur le Président, mes chers collègues, Je souhaiterais commencer mon propos par une pensée pour …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *