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Débat de Politique générrale : Intervention de Stéphane Perrin

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Ce début du mois de juillet marque la reprise de la vie démocratique locale. Les conseils municipaux et communautaires s’installent, les assemblées délibérantes comme la nôtre reprennent un fonctionnement (presque) normal. Ce n’est pas anodin après une période au cours de laquelle les exécutifs locaux, face aux nécessités de l’urgence sanitaire, se sont vus doter de pouvoirs exceptionnels. En cette matière comme dans d’autres, il est préférable que les états d’exception restent exceptionnels si vous me permettez cette tautologie.

Au risque de paraître décalé, je veux d’ailleurs redire la vigilance, sinon l’inquiétude des Radicaux sur le sort des libertés individuelles. Insensiblement, nous voyons inscrites dans notre droit, à titre permanent, des dispositions au départ prévues pour assumer l’urgence.

Refusons que nos libertés individuelles ne s’érodent par habitude ou par lassitude avec la mise à l’écart du juge judiciaire, la suspension de la démocratie délibérative ou les dérogations dans le droit du travail. Cette érosion ne peut être justifiée par la peur, hier du terrorisme et aujourd’hui d’un virus car la peur est le canal par lequel s’installent toujours les régimes autoritaires.

La reprise du court normal de nos débats nous permet aussi de nous interroger sur les orientations à retenir pour l’avenir.

Les Radicaux ne croient pas à la révolution et au « grand soir ». Nous croyons plutôt aux transitions et les crises comme celle que nous traversons viennent plutôt accélérer des tendances déjà présentes.

Il y a évidemment la transition écologique. Elle ne se mesure pas uniquement à l’aune de résultats électoraux dont il faudrait d’ailleurs mesurer la réalité de l’ampleur compte tenu de la forte abstention et de l’effet grossissant du vote dans les grandes villes. En cette matière comme dans d’autres, ne confondons pas la carte et le territoire.

Elle est plutôt manifeste au travers des comportements de nos concitoyens qui ont largement privilégié ces dernières semaines les commerces de proximité, les circuits courts et l’alimentation saine. Le succès de la plateforme produits-locaux.bzh en témoigne.

Ceci légitime, Monsieur le Président, votre engagement en faveur du « bien manger ». Notre agriculture et notre production agroalimentaire est performante d’un point de vue sanitaire. C’est un avantage que l’on perd trop souvent de vue. Elle devient performante au plan environnemental même s’il y a encore à faire et que la régionalisation de la PAC nous faciliterait la tâche. Elle nous permet de nous nourrir ce qui semble l’évidence mais constitue, dans le monde chaotique d’aujourd’hui, un avantage indéniable.

Il y a également la transition numérique. Les comportements changent qu’ils concernent le travail, la consommation et l’accès à la culture. Avec des effets positifs, en ce qu’ils limitent les déplacements physiques et les nuisances environnementales associées, et négatifs, en ce qu’ils atteignent l’économie physique (nos petits commerces, nos cinémas…). Nous travaillons dans cette enceinte à la fois sur l’infrastructure, avec la construction d’un réseau public de fibre, ce qui n’est pas rien, et sur les usages avec la feuille de route numérique adoptée lors d’une précédente session. Nous avons besoin, comme en matière alimentaire, d’une souveraineté qui pour être effective se conçoit non seulement à l’échelle régionale et nationale mais aussi européenne.

Il y a la transition sociale. La crise Covid-19 débouche sur une multiplication de plans sociaux et bouscule à des degrés divers les pépites économiques bretonnes : les fonderies de Bretagne, Nokia, BAI… N’oublions pas les indépendants, les salariés de TPE dont le sort est moins médiatisé.

Cette situation nous invite à nous orienter vers une économie plus résistante face aux crises, plus résiliente pour préserver l’emploi. En nous gardant de deux excès. D’une part, les excès, notamment du MEDEF, qui réclame la levée de toute protection en matière sociale ou environnementale, la suppression des cotisations sociales et de la fiscalité de production.

D’autre part, des excès des tenants de la pureté idéologique sur l’environnement qui parlent d’ailleurs de « changer de modèle ». Mais on ne parle pas de changer un modèle mathématique, informatique ou de voiture. Le mot « modèle » est une manière habile de faire abstraction des femmes et des hommes qui travaillent et qui ont besoin eux-aussi de se construire un avenir.

Vous avez déclaré, Monsieur le Président, vouloir les usines et l’écologie. D’aucuns disserteront sur votre art de la synthèse. D’autres, surement férus d’histoire médiévale, sur votre écartèlement. C’est plutôt la voix de la raison si nous voulons que la Bretagne demeure cohérente.

Hier, les fleurons industriels bretons, ceux-là même qui sont menacés aujourd’hui (comme le pôle Telecom de Lannion) résultaient de décisions de l’Etat.

Si l’Etat doit continuer à agir, il faut que la Région participe activement aux choix de politique industrielle. Il ne peut être question de laisser des territoires décrochés. Il vaut mieux mettre de l’argent dans le maintien de l’outil de production et donc de l’emploi plutôt que de servir après coup des prestations sociales et tenter de colmater les brèches par des fonds dans les territoires.

Ceci suppose également que l’Etat soit exigeant lorsqu’il consent des aides ou accorde des crédits d’impôts. C’est aussi une question pour la Région même si nous conditionnons déjà nos aides. Plus encore demain il faudra être exigeant sur la conditionnalité des aides régionales.

Il y a enfin la transition démocratique. Ce sera surement l’un des défis les plus difficiles à relever. Le risque, hélas confirmé par l’élection municipale que nous venons de vivre, c’est celui d’une démocratie de l’abstention et du dégagisme. La gestion de la crise Covid a confirmé jusqu’à la caricature les limites du centralisme dans l’action publique.

La prise de conscience est là mais les solutions amorcées paraissent peu appropriées. Il est ainsi beaucoup question du couple maire-préfet. Mais où se situent aujourd’hui les ressources financières, humaines, d’ingénierie ? Dans les intercommunalités, les départements et les Régions.

Il n’est pas question de contester la légitimité démocratique des maires et leur rôle unique de proximité. Mais s’il s’agit de transformer les élus locaux en simples exécutants d’un État qui localement n’a plus les moyens d’agir, nous irons dans une nouvelle impasse.

Quand aurons-nous un débat réel sur la décentralisation et l’autonomie locale ? Là encore, fuyons les fausses solutions. Le problème, ce n’est ni la taille géographique des collectivités, ni le nombre des élus. Je n’ai d’ailleurs jamais entendu nos concitoyens se plaindre le présence d’un élu. J’en ai plutôt entendu sermonné les élus pour leur absence à telle manifestation ou à telle réunion à laquelle des agendas déjà chargés les ont empêchés de participer.

A quelle condition nos concitoyens retourneront aux urnes ? S’ils sont sûrs que leur vote va influer sur les politiques mises en œuvre. C’est donc sur les compétences qu’il faut agir.

Nous l’avons répété plus d’une fois au cours des sessions. Nous avons besoin d’un Etat fort sur le régalien et y concentre ses moyens Qu’il laisse la main pour les autres domaines de compétence. Soyons concrets. Nous avons joué le jeu en Bretagne en produisant deux rapports sur le sujet. Il est grand temps d’avancer. Personne n’a rien à gagner à une opposition stérile entre Etat et collectivités.

L’ensemble de ces sujets constituent des enjeux majeurs pour ne pas dire vitaux pour notre société. Les inégalités sociales, le consumérisme, l’individualisme, le communautarisme nous rongent. La recherche perpétuelle de coupables (les agriculteurs, les profs, les policiers, les étrangers avec cette mode du bashing) ne fait rien avancer concrètement si ce n’est satisfaire les appétits des coupeurs de tête.

Plutôt que de flatter les bas instincts, redonnons sa hauteur et son efficacité à l’action politique et soyons les uns et les autres soucieux de faire société. Nous avons besoin d’une démocratie vivante et d’une société apaisée pour traverser les tempêtes. La Bretagne a des atouts en la matière. Faisons-les fructifier !

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