Accueil / Apprentissage / Politique générale : intervention de Stéphane PERRIN

Politique générale : intervention de Stéphane PERRIN

Monsieur le Président, mes chers collègues,

La session qui s’ouvre par la densité des dossiers inscrits à notre ordre du jour traduit de notre point de vue la volonté de cette majorité de rester volontariste en dépit des vents tumultueux auxquels nous sommes confrontés, pour ne pas dire des vents contraires.

L’année 2018 a commencé avec le crash du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il ne saurait être question d’épiloguer sans fin sur les responsabilités des uns et des autres dans cet échec.  On ne peut reprocher au gouvernement actuel d’avoir pris enfin une décision définitive sur ce dossier après tant d’année d’atermoiements. Mais il serait injuste de faire porter l’entière responsabilité de cet abandon au précédent gouvernement. Traiter le sujet de Notre-Dame-des-Landes, c’était nécessairement traiter un sujet de maintien de l’ordre du fait de l’occupation par certains groupuscules violents de la ZAD. Or, ce précédent gouvernement était aussi confronté à la plus terrible vague d’attentats qu’ait connu notre pays. Souvenons-nous que quinze jours seulement ont séparé le référendum sur ce projet et les terribles attentats de Nice. Nos forces de l’ordre étaient déjà largement mobilisées du fait d’un péril imminent.

Si la recherche de responsabilités est vaine, cela ne nous dispense pas de devoir tirer des enseignements de cette décision.

Parce qu’ils sont particulièrement attachés à l’autorité républicaine, les Radicaux ne peuvent tout d’abord qu’être troublés qu’il ait finalement été fait peu de cas de la volonté populaire, exprimée directement ou par la voix de ses représentants élus, ainsi que de l’autorité des décisions de justices, nombreuses mais validant toutes le projet. Ceci doit nous conduire à nous interroger sur notre capacité à conduire demain des projets structurants pour notre territoire. Aurons-nous ainsi la capacité demain de mener à bien les projets liés à la transition énergétique, qu’il s’agisse de l’éolien terrestre ou en mer, qui suscitent déjà des oppositions affirmées ? Force doit rester à la loi. Il ne s’agit pas d’une profession de foi d’un tenant de l’autoritarisme mais d’un militant politique attaché au grand principe fruit de la Révolution française selon lequel la loi est l’expression de la volonté générale.

Les modalités de la prise de décision s’agissant des grands équipements publics doivent sans doute encore évoluer en associant mieux démocratie représentative et démocratie participative. Pour autant, on ne peut nier que les débats sur ce projet d’aéroport ont été nombreux, denses, approfondis et que tous les avis ont pu largement s’exprimer.

Il faut ensuite dire que cette décision laisse entière la question de la mobilité à l’échelle européenne et internationale des bretons. En l’état, cette mobilité suppose de passer par Paris alors même que les liaisons entre la Bretagne et les grands aéroports parisiens restent limitées et fragiles.

Fort de ce volontarisme qui nous anime, vous nous proposez Monsieur le Président de débattre d’un pacte d’accessibilité pour la Bretagne. Cette initiative a déjà été remarquée et vos échanges avec la ministre des transports semblent déjà avoir fait bouger les lignes pour écarter les scénarios les plus noirs pour le désenclavement de la Bretagne.

Une autre décision marquante a été la présentation du projet de réforme de l’apprentissage. Les Radicaux l’ont dit : cette réforme en l’état n’a pas notre assentiment. En retirant cette compétence pour la confier aux branches professionnelles, ce projet fragilise fortement notre système d’apprentissage. L’accusation selon laquelle les Régions aurait failli dans leur tâche ne tient pas. Sur ces trois dernières années, la croissance continue du nombre d’apprentis en Bretagne apporte la preuve inverse. Quant aux nouvelles modalités de financement, elles font peser une menace de disparition sur les CFA les plus petits. Comment demain sera assurée la bonne couverture de notre territoire en formation en apprentissage avec 700 branches professionnelles dont certaines ne sont pas organisées territorialement ? Qui assurera les formations pour les fonctions supports ou transversales ?

Oui une réforme de l’apprentissage est nécessaire. Mais on sait bien que les freins à l’apprentissage sont souvent liés aux imperfections de l’orientation des jeunes, à la capacité des plus jeunes à assumer une posture professionnelle dès l’adolescence, à la capacité des entreprises à les accueillir et à les former. Notre vice-présidente le sait bien elle qui a porté « Bretagne Qualité Apprentissage », elle qui surveillait avec attention le taux de rupture de contrats d’apprentissage.

Concevoir une réforme de l’apprentissage qui ne clarifie pas le rôle des Régions sur l’orientation et qui les cantonne à la distribution d’aide aux permis de conduire n’est franchement pas à la hauteur des enjeux.

Ce projet traduit ainsi finalement une forme de méfiance vis-à-vis des élus locaux, suspects de fonctionner par caprices, d’être uniquement motivés par des considérations électoralistes et de court terme. Nous avons pourtant fait la démonstration en Bretagne, avec les partenaires sociaux, que notre collectivité était à même de remplir sa mission d’ensemblier, de stratège.

Nous nous en remettons donc au débat parlementaire pour que la voix des territoires soit entendue.

Nous le redisons à nouveau. Les réformes utiles que le président de la République entend conduire se feront avec les territoires et non contre eux. Et disons le plus clairement encore : il n’y a pas des élus locaux qui seraient de l’ancien monde et des autorités centrales qui incarneraient le nouveau monde. Il n’est guère pertinent de substituer à un clivage politique stérile un clivage territorial qui le serait plus encore.

C’est la raison pour laquelle nous nous reconnaissons dans les initiatives que vous avez prises Monsieur le Président qu’il s’agisse d’un pacte avec l’Etat qui aille au-delà de simples considérations financières, de l’ouverture d’un travail sur la différenciation ou encore d’un pacte d’accessibilité ambitieux pour notre région.

Nous devons rester fidèles à ce qui a fait le succès de la Bretagne : une union forte, au-delà des clivages territoriaux, des clivages politiques en se gardant des postures électoralistes et en restant exigeants vis-à-vis de l’Etat, indépendamment des majorités qui sont au pouvoir au plan national.

Nous sommes d’autant plus crédibles pour porter cette démarche que nous vivons dans une relation apaisée avec la République et qu’il n’est pas question dans notre esprit de porter atteinte à l’unité de la République et à la solidarité nationale.

Nous le sommes également car, comme nous en faisons la démonstration dans le budget qui sera présenté lors de cette session, nous croyons fortement dans l’ambition publique en étant capable de maintenir une situation financière saine qui préserve notre capacité à investir et à préparer l’avenir.

Nous croyons dans la force de la Bretagne. Nous avons de grand défis devant nous notamment celui de la cohésion sociale et de la cohésion entre les pays de Bretagne. Il ne tient qu’à nous de nous organiser pour défendre au mieux nos intérêts sans attendre des injonctions venus d’en haut.

À voir aussi !

La politique régionale d’égalité entre les femmes et les hommes en action : intervention de Stéphane Perrin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *