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Politique générale – Intervention de Stéphane Perrin lors de la session du 13 décembre 2018

Monsieur le Président, mes chers collègues,

A mon tour je commencerai par m’associer aux familles des victimes et à la population strasbourgeoise, qui à cette heure vit toujours dans la crainte. Notre pays vient à nouveau de connaître une attaque terroriste, le fait d’intégristes religieux qui répandent leur vision totalitaire du monde. Ceci nous prouve que nous ne pouvons pas baisser la garde. Nous voulons réaffirmer notre reconnaissance aux forces de l’ordre, aux pompiers et aux personnels de santé qui ont à nouveau démontré leur grand professionnalisme et leur dévouement. Ils sont l’honneur de la République.

S’agissant des forces de police et de gendarmerie, je veux dire que leur légitimité ne saurait être contestée, il en va du maintien de l’ordre républicain et ce point là ne peut pas être négociable.

Si l’unité du pays se forge dans de telles épreuves, il faut bien constater que cette unité a été fortement dégradée dans le contexte de la crise  des « Gilets jaunes ». Elle est l’addition d’une crise sociale marquée par la question du pouvoir d’achat notamment des petits salariés ; d’une crise de la représentation avec l’expression d’une défiance rarement exprimée  avec une telle force à l’égard de ce qui peut incarner une autorité, qu’elle soit institutionnelle, syndicale, scientifique ou médiatique ; d’une crise citoyenne qui se manifeste notamment par un affaiblissement du consentement à l’impôt ; d’une crise territoriale qu’il serait trop simple de résumer à une opposition entre ville et campagne mais qui traduit le désespoir qui s’est installé dans des territoires en décrochages.

Si ces crises se sont conjuguées pour atteindre un paroxysme ces dernières semaines, personne ne les découvre. Elles sont connues et identifiées depuis de nombreuses années. Chacun doit donc assumer sa part de responsabilité aujourd’hui.

Il y a évidemment celle du gouvernement qui a trop tardé à apporter des réponses après s’être trop isolé. Son rejet des corps intermédiaires (syndicats, des collectivités locales, partis politiques, mouvement associatif…), qui ont été constamment soupçonnés d’être des forces de blocages, a des conséquences aujourd’hui dévastatrices.

Le matin même, lundi dernier, de la concertation organisée autour du président de la République en présence, de représentants des collectivités, on pouvait entendre sur une radio Monsieur Bruno Le Maire en rajouter en déclarant qu’il y avait trop d’élus départementaux, trop d’élus régionaux. Les Bretons savent ce qu’il doivent à Monsieur Bruno Le Maire, qui a organisé la désertion de l’Etat dans le sauvetage de Doux ou le blocage de l’ambition industrielle de la Bretagne sur l’éolien flottant qui est pourtant porteur de tant d’emplois. Le même qui regrettait dans la même interview qu’il y ait trop d’élus locaux mais regrettait aussi qu’il y ait peu d’usine et bien il devrait regarder ce qui se fait ici ; et regarder qu’en Bretagne ce sont bien les élus locaux qui soutiennent les usines.

Ce rejet des corps intermédiaires a en tout cas conduit à l’expression de revendications légitimes mais de manière désordonnée de sorte qu’il est difficile d’y répondre par les voies institutionnelles connues.

Depuis de très nombreux mois les Radicaux, partout où ils siègent, y compris dans cette enceinte, ont mis en garde constamment contre les excès de la centralisation technocratique. Nous avons constamment répété que les territoires devaient être considérés comme des partenaires et non pas comme des obstacles pour faire les réformes dont nous avons besoin. Espérons qu’au-delà de l’expression du Président de la République, lundi, il y aura effectivement un changement de méthode, peut-être d’ailleurs allons-nous devoir réfléchir collectivement aux institutions de notre pays, car il apparaît bien vain aujourd’hui de tout attendre d’un homme providentiel qui aurait à sa main toutes les solutions.

Se pose également de manière centrale la question de la justice fiscale que le mouvement des « Gilets jaunes » ait opportunément revenu remettre au centre du débat. Renoncer à la justice fiscale, c’est s’exposer au risque destructeur de l’affaiblissement du consentement à l’impôt. Les Radicaux sont attachés à la progressivité de l’impôt. Ils se sont donc logiquement opposés à la mise en place de cette « flat tax » (un impôt forfaitaire sur les revenus du capital), comme ils s’étaient opposés à la suppression de l’ISF, et comme ils avaient dénoncés les limites du CICE qui bénéficie essentiellement à la grande distribution.

Tout est dit dans la Déclaration de 1789 : « Pour l’entretien de la force publique, pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre tous les citoyens en raison de leurs facultés ». Ce texte de 1789 reste pleinement d’actualité.

Mais il serait trop simple de rejeter la responsabilité sur le seul gouvernement en place. Il est indécent, face à la détresse qui s’exprime, de voir des forces politiques qui n’ont pas su convaincre dans les urnes tenter de se refaire une santé électorale à la faveur de la crise.

Pour ce qui concerne notre Région, vous avez annoncé Monsieur le Président la réunion d’une conférence sociale bretonne ; la réunion de ce matin a montré qu’en retrouvant les voies du dialogue, nous pouvions commencer de nouveau à nous comprendre et à avancer utilement.

Cette crise, renforce également plus que jamais l’intérêt de notre Breizh Cop car il ne faudra pas mentir à nos concitoyens . L’envolée des cours du pétrole qui est principalement à l’origine de l’envolée des prix du carburant impose plus que jamais que nous réfléchissions à un autre mode de fonctionnement de notre société et tous les sujets de la Breizh Cop de ce point de vu, devront être mobilisés pour répondre aussi à cette crise.

Je voudrais répondre en quelques instants à Monsieur Pennel tout à l’heure, qui a qualifié les membres de l’exécutif, appartenant à la haute société. Je ne sais pas très bien ce que Monsieur Pennel connaît de nos vies, de nos familles, de nos itinéraires personnels, pour se permettre ce genre de qualificatif. Je sais d’où je viens, je sais comment ma famille m’a permis de grandir, et je ne pense pas pouvoir dire qu’elle appartenait à la haute société. Ce genre de procédé, de mise en cause personnelle est parfaitement odieux. Quant à la ruralité ! Monsieur Pennel, j’invite chacune et chacun à faire le tour de cet hémicycle, où sont les élus ruraux ? les maires ? les adjoints ? les députés des territoires ruraux qui sont quotidiennement sur le terrain à répondre aux attentes de nos concitoyens ; dans les CCAS, qu’il s’agisse des communes rurales, des petites villes…ils sont sur tous les bancs, dans la majorité, dans les bancs du groupe du CR, le seul endroit où ils ne sont pas, ce sont sur vos bancs Monsieur Pennel !

 

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