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Session des 17 & 18 décembre 2020 : discours de politique générale de Stéphane Perrin

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Je voudrais tout d’abord m’associer à vos mots en hommage à Herri Gourmelen. J’ai eu le plaisir de le rencontrer, de faire campagne avec lui. Chacun a en mémoire sa voix puissante, quelques-uns ont eu le privilège d’apprécier sa fameuse danse du loup. Son entrée dans cet hémicycle avait été largement saluée comme la reconnaissance d’un engagement sans faille au service de la Bretagne. Il fait partie de ces figures marquantes que l’on s’honore d’avoir croisé.

Notre session est une fois de plus dominée par la situation de crise. Après l’effet de sidération qui nous a saisi au printemps dernier, c’est un sentiment de lassitude qui semble s’emparer de nos concitoyens. Ils se plient tant bien que mal aux contraintes qu’impose la situation sanitaire, conscients de leur nécessité – bien plus que le vacarme médiatique ne le laisse penser – mais en étant plus résignés que combatifs.

Comme je l’avais déjà dit en juillet dernier, je me garderai bien de me lancer dans une critique systématique de l’action de l’exécutif qui, face à une menace nouvelle, fait comme il peut pour maîtriser la pandémie sans tout anéantir et éviter que le personnel soignant soit écrasé par l’épuisement. Au reste, ceux qui hier vantaient le modèle allemand, le modèle suédois et, pour certains, jusqu’au modèle américain, en sont pour leur frais. Le virus frappe partout, insensible qu’il est au mode d’organisation politique.

Sans parler de ceux qui désormais portent la suspicion sur le principe de la vaccination induisant un retour en arrière inacceptable alors que l’on parle de santé publique et de vie humaine. Les Radicaux, attachés à la raison scientifique et à l’esprit des Lumières ne peuvent que condamner cet obscurantisme persistant.

Il est vrai que la ligne de crête sur laquelle chemine le gouvernement conduit à des incompréhensions pour ne pas dire à des incohérences. Pourquoi ai-je pu réaliser mes achats de Noël dans les petits commerces malouins de l’Intra Muros et de Saint-Servan alors que je ne pouvais pas aller dans le même temps au cinéma ? Pourquoi ai-je pu assurer mes cours en présentiel avec un protocole renforcé à mes étudiants en classe préparatoire alors que les travaux dirigés à l’université sont uniquement en enseignement à distance ? Pourquoi les 6 m² alloués aux fidèles dans les lieux de culte ne sont pas de la même façon reconnus aux spectateurs des spectacles vivants ?

L’objectif de réduire les interactions sociales conduit à faire une hiérarchie entre les personnes et les activités dont on peut comprendre qu’elle soit insupportable. Sans compter que cela mine l’acceptabilité des mesures.

Une chose est sure : cette crise va avoir en conséquence des effets très hétérogènes. Il ne faudra pas l’oublier lorsque la pandémie elle-même sera derrière nous. Pour certains, elle aura été avec le recul une année et demi de gêne dans ses déplacements, de contraintes de port du masque ou de succession de visioconférences parfois laborieuses.

Mais pour d’autres, c’est une perte de repères, la disparition de son emploi, d’un outil de travail voire le basculement dans la pauvreté.

Les principales victimes sont connues. Ce sont les jeunes qui sont entravés dans leur accès à la connaissance, aux emplois qui financent leurs études, dans leurs relations sociales. C’est le monde de la culture, singulièrement du spectacle vivant, qui se meurt et connait une crise existentielle. Ce sont les multiples associations qui maillent notre territoire et vivent habituellement des recettes de manifestations qui sont aussi des éléments du lien social. Ce sont les entreprises – des toutes petites aux plus importantes – du tourisme, de la restauration, de l’hôtellerie, de l’événementiel mises en sommeil par le confinement et leurs salariés qui sont privés d’activité.

Des outils de solidarité sont opérationnels avec notamment l’appui des collectivités territoriales. Mais il nous faudra être présents dans la durée pour aider toutes ces personnes à se relever. La Région Bretagne a mobilisé d’importants moyens depuis le budget supplémentaire voté en juillet dernier. Nos outils devront être maintenus sur le moyen terme pour porter leur fruit.

Le traitement de crise pourrait nous faire oublier qu’il nous faut aussi préparer la Bretagne aux défis qui se présentent à nous sur le long terme. Cet objectif n’est d’ailleurs pas étranger au traitement de la crise que nous traversons. Notre région du fait de sa géographie, de son maillage territorial, de la diversité de son économie a probablement mieux affronté cette crise que d’autres territoires. Il faut cultiver ces forces. Plusieurs sujets à l’ordre du jour de notre session s’inscrivent dans cette perspective.

Le budget pour 2021, loin d’être un simple budget de fin de mandat, va permettra d’améliorer concrètement la vie des bretonnes et des bretons qu’il s’agisse des investissements massifs dans la rénovation des lycées, des engagements que nous prenons en matière formation, de culture, de préservation de notre environnement. Ce n’est pas simplement un budget de crise, c’est aussi un budget d’avenir.

Le schéma d’aménagement du territoire va être arrêté par notre assemblée au terme d’un processus que nous avons souhaité élargir au-delà d’un simple cadre réglementaire avec la Breizh Cop en engageant l’ensemble de la Bretagne. Je constate que, dans les territoires, tout le monde s’en est désormais emparé, au-delà des clivages politiques, et que les sujets que nous avons portés (la sobriété foncière, la qualité de notre environnement et de nos paysages, le maillage territorial…) sont des préoccupations largement partagées. La Bretagne toute entière tourne la page du productivisme à tout prix pour construire un modèle associant économie et écologie. Nous sommes loin des caricatures que nous entendons parfois dans cet hémicycle ce qui me fait dire que ce n’est pas notre SRADDET qui est hors-sol mais certaines figures imposées dans le débat politique.

Nous débattrons enfin des orientations stratégiques pour le futur contrat de plan Etat-Région. Nous n’en sommes pas au document final et il y a incontestablement des lacunes qu’il faudra combler. Il y a un acquis : c’est la bonne coordination entre les collectivités bretonnes au-delà des clivages pour obtenir que soient financés les investissements dont les Bretons ont besoin.

Il y a un regret : ce contrat est percuté par un plan de relance, dont on comprend bien qu’il est commandé par un objectif de résultats concrets à court terme mais avec le risque de passer à côté des enjeux pour notre territoire. Très vertical dans sa conception et sa mise en œuvre, ce plan de relance pourrait rater sa cible et générer une concurrence malsaine entre les territoires ou entre les projets. L’urgence ne doit pas faire perdre de vue le sens des priorités.

Nous agissons sans relâche, nous inventons des nouvelles manières de faire comme en témoigne la fondation BreizhBiodiv avec le soutien de la Fondation Nicolas Hulot pour financer des actions en faveur de la préservation de l’environnement ou la Coop des Masques qui nous permettra de disposer d’un outil local de production de masques et de vêtements de protection.

Ce faisant, nous n’alimentons probablement pas la petite chronique des chicaneries politiques qui sont bien elles, contrairement à notre budget, diaboliques en ce qu’elles minent la confiance dans l’action publique. Mais nous remplissons le seul objectif qui vaille : servir les Bretonnes et les Bretons.

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