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Session du Conseil régional des 13 & 14 février 2020 : intervention de Stéphane Perrin

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Notre session s’ouvre quelques semaines après que le Brexit soit devenu une réalité, du moins pour sa première phase. Comme nous l’avons toujours rappelé dans cette enceinte, il faut respecter la volonté du peuple britannique, fut-elle à l’origine d’une décision regrettable.

Mais les premiers jours ont bien montré les risques que faisait courir la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. La fermeture des eaux des îles anglo-normandes aux pêcheurs français, singulièrement aux pêcheurs bretons (et plus particulièrement malouins), a ravivé les tensions.

Même si le problème spécifique des îles anglo-normandes semble être levé, il pourrait préfigurer ce que nous connaitront demain si, en lieu et place de la politique commune des pêches, nous assistons à une lutte entre Etats pour la maîtrise de la ressource. Sans compter la difficulté que nous aurons à assurer une gestion durable de cette ressource.

Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, notre collègue Jean-Yves Le Drian, a tenu un discours volontaire vendredi dernier à Saint-Malo en affirmant que la pêche ne serait pas la variable d’ajustement de la future relation avec le Royaume-Uni.

Vous-même, Monsieur le Président, êtes mobilisé depuis de nombreux mois pour ne pas dire de nombreuses années, pour sensibiliser les autorités nationales et européennes à ce sujet comme notre collègue Pierre Karleskind.

Au-delà de la question de la pêche, cette situation nous rappelle que dans un monde où les économies sont imbriquées, nous avons besoin de mécanisme de régulation, au niveau international ou européen. Sinon nous sommes condamnés à subir la voracité des acteurs dominants sur les marchés, que ce soit des Etats ou des multinationales.

Ceux qui brandissent l’argument de la souveraineté évitent, soigneusement de se poser la question de savoir à quel niveau elle peut effectivement être exercée. Que pèse aujourd’hui un Etat européen seul dans le monde ? Bien peu de chose en réalité. Le monde du XXIe siècle n’est pas celui du XIXe où quatre nations européennes réglaient par la guerre leur conflit dictant au reste du monde la marche à suivre.

Les Radicaux ont régulièrement témoigné de leur attachement à la construction européenne. Quels que soient ses défauts, elle reste notre horizon si nous ne voulons pas demain être des acteurs de troisième plan.

Il nous reste donc, s’agissant du sujet immédiat du Brexit, à souhaiter un accord riche quant à son contenu pour que les acteurs économiques, singulièrement en Bretagne, trouve un cadre stable et régulé pour leur activité.

Au plan intérieur, force est aussi de constater que le climat est incertain. Je ne reviendrai pas sur la réforme des retraites que j’avais déjà évoquée dans mon intervention lors de la session de décembre si ce n’est pour redire que la prise en compte de la pénibilité est centrale. Les difficultés de recrutement rencontrées dans certains secteurs majeurs de l’économie bretonne (BTP, agroalimentaire…) rendent plus que jamais nécessaires des avancées sur la qualité de vie au travail et la reconnaissance des travaux pénibles.

Le plus inquiétant est probablement cette désespérance mêlée de colère qui touche nos grands services publics : la justice et la police, l’hôpital, l’éducation (enseignement supérieur inclus). Il s’agit des grands services régaliens qui sont les piliers de la République.

Il y a là probablement l’accumulation d’années de renoncement sans compter le dénigrement récurrent des agents publics qui gagneraient beaucoup et travailleraient trop peu. La baisse des inscriptions aux concours de recrutement des enseignants comme les difficultés de recrutement à l’hôpital devrait pourtant ramener tout le monde à une appréciation plus juste de la réalité.

On peut se demander surtout comment dans un pays dans lequel l’endettement public atteint 100% du PIB nos grands services publics peuvent ainsi être aussi affaiblis.

Une solution consisterait précisément à recentrer l’Etat sur ses grandes missions régaliennes et à laisser aux collectivités le soin d’agir par ailleurs. Mais il faut souvent se battre pied à pied pour obtenir une autonomie d’action et des responsabilités pleines et entières.

Pire, on recule parfois comme dans le cas de l’apprentissage hier et, peut-être demain, sur la gestion de la politique agricole commune.

Pourtant, il ne semble pas que sur les compétences transférées par l’Etat aux régions les citoyens aient eu à s’en plaindre qu’il s’agisse des lycées, du TER, des ports… Mais les résistances sont toujours fortes. L’Etat craint de s’affaiblir en décentralisant alors qu’il en ressortirait au contraire renforcé.

A défaut semble-t-il de révision constitutionnelle, une loi dite « 3D » s’annonce. Déconcentration, décentralisation, différenciation… Le programme est alléchant. Mais le contenu encore bien vague.

Notre collectivité, au travers du groupe de travail présidé par Jean-Michel Le Boulanger, a été force de propositions très tôt. Disons-le clairement : si la loi 3D ne permet pas a minima de mettre en œuvre les propositions de notre groupe de travail, c’est que cette loi aura manqué son objectif. Restons optimistes mais la vigilance constate que réclame la mise en œuvre du contrat pour l’action publique signé il y a un an avec l’Etat incite à la vigilance.

Notre volontarisme reste malgré tout entier comme en témoigne le budget qui sera présenté lors de cette session. Tout au long du mandat, nous serons parvenus à maintenir un haut niveau d’investissement en conservant notre capacité d’épargne et en limitant notre endettement.

Nous sommes surtout restés en capacité de fournir un service public de qualité au moment où nos compétences sont de plus en plus tournées vers des services directement rendus aux Bretonnes et aux Bretons qu’il s’agisse de transport, de formation.

Nous sommes aussi avec la BreizhCop au rendez-vous du grand défi de demain qui est de réussir la transition écologique sans laisser personne au bord du chemin.

En la matière, tout n’a pas des implications budgétaires. Il faudra aussi revoir les critères de nos aides en matière de développement économique ou d’aides aux territoires.

Mais la mobilisation d’un grand nombre d’acteurs, publics et privés, dans le cadre de cette BreizhCop montre que la Bretagne reste une terre d’engagement et de conscience citoyenne.

Etre au rendez-vous des défis de demain, c’est finalement la seule pression qui s’exerce sur vous, Monsieur le Président. Soyez assurés que les élus radicaux vous accompagneront dans votre action. Nous nous reconnaissons dans les valeurs qui animent la majorité que vous conduisez et nous sommes heureux de porter les politiques régionales.

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