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Session plénière du 28 novembre : intervention de Stéphane Perrin concernant le SRADDET

Monsieur le Président, mes chers collègues,

L’adage populaire dit que c’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Sans être au pied d’un mur, nous voici au terme du délai imparti par la loi pour adopter le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Egalité des Territoires, le fameux SRADDET.

Je ne suis pas sûr que les concepteurs de cet acronyme un peu barbare, dont probablement peu de personnes, y compris dans cette enceinte (à commencer par votre serviteur), pourraient spontanément en donner la signification sans erreur, je ne suis pas sûr donc que les concepteurs de cet acronyme auraient imaginé que le résultat de cette démarche aurait été celui qui est soumis à notre vote aujourd’hui.

Alors certes ce schéma absorbe divers autres schémas, plans ou stratégies et doit être pris en compte pour l’élaboration d’autres schémas, plans ou stratégies auxquels il est opposable.

Certes il est un document composite fait de diagnostics, d’orientations, d’objectifs, de méta-indicateurs et de règles qui interagissent.

Certes il s’agit d’un document avec une haute technicité dont la lecture nécessite un investissement personnel certain.

Mais réduire ce document à sa technicité, comme certains s’y emploient, c’est faire fausse route.

D’abord parce qu’il ne saurait être question de mépriser cette technicité. Sur des sujets aussi déterminants pour notre avenir que ceux traités ici, nous avons besoin de connaissances, de science et de compétences techniques.

Au nom des Radicaux, je veux redire notre attachement à la science. Nous ne saurions nous résoudre à ce que la connaissance scientifique soit placée au même niveau qu’une réaction à la va vite formulée sur un réseau social ou au détour d’une conférence de presse.

Ensuite parce que cette technicité n’a d’intérêt qu’au regard du projet politique au soutien de laquelle elle a été élaborée. Réduire ce document à sa technicité comme certains tentent de le faire, c’est faire l’impasse sur le projet politique pour notre territoire. Il est vrai que cela est commode lorsqu’on a soi-même peu à dire sur le sujet…

C’est bien parce qu’il s’agit de dessiner un projet politique que vous avez proposé, Monsieur le Président, de dépasser la démarche d’élaboration d’un Schéma en lançant la démarche de la Breizh Cop. Cette démarche qui permet d’élaborer un projet qui ne soit pas seulement celui du Conseil régional mais de toutes les forces vives de la Bretagne.

Je voudrais donc m’attarder sur le projet politique qui est la raison d’être de ce document. Comment concevons-nous la Bretagne des 30 prochaines années ? Tel est le sujet.

Deux éléments nous semblent cruciaux.

Le premier, c’est l’évolution de notre modèle de développement. Nous avons le devoir d’assurer le développement de la Bretagne. Mais ce développement ne pourra se faire selon le modèle suivi depuis l’après-guerre. Car ne pas faire évoluer ce modèle, c’est s’interdire toute possibilité de développement.

Et nous parlons là de questions qui concernent le quotidien des Bretonnes et des Bretons.

Prenons celui de l’étalement urbain. Ce sujet du foncier à propos duquel certains entendent alimenter la polémique. Ce n’est pas le SRADDET qui va sur ce sujet empêcher le développement du territoire mais le maintien du modèle actuel.

Est-il possible d’assurer le maintien d’une production agricole quand on consomme l’équivalent de neuf terrains de foot de terres par jour comme aujourd’hui ? Qui sont les véritables défenseurs de l’agriculture ? Ceux qui veulent préserver les terres agricoles ou ceux qui se refusent à tout encadrement de l’urbanisation ?

Beaucoup de maires l’ont déjà compris et privilégient aujourd’hui la reconquête de leur centre-ville ou centre-bourg.

Prenons le sujet de la ressource en eau. Là encore, ce n’est pas le SRADDET qui va limiter le développement des territoires. Sans préservation des zones humides, de la ressource en eau, pas de développement.

Il ne s’agit pas d’une question théorique ou d’une question pour un horizon lointain. Le sujet à Saint-Malo c’est d’assurer la douche du 15 août ! Nous sommes bien confrontés à un sujet de disponibilité de la ressource en eau en qualité mais aussi en quantité. Et sans cette ressource, pas de possibilité d’accueillir de nouveaux habitants, pas de possibilité d’accueillir de nouvelles activités économiques.

Deuxième élément : la cohésion sociale. Dans une société où les inégalités se creusent, les impératifs liés à la transition écologique, énergétique ou numérique s’imposent plus durement pour les plus faibles.

Reprenons le sujet de l’étalement urbain. Nous ne pouvons pas oublier que la crise dite des gilets jaunes est née du coût devenu lourd pour nombre de nos concitoyens des déplacements domicile-travail qui se sont allongés avec cet étalement. Cette crise est plus liée à une urbanisation mal conçue qu’au prix du gasoil qui n’a été finalement qu’un révélateur.

Si nous n’organisons pas les solidarités dans le même temps où nous organisons les transitions, nous allons laisser au bord du chemin beaucoup de nos concitoyens.

D’ailleurs performance écologique et performance sociale sont liées lorsque nous traitons de la question de la rénovation énergétique des logements ou de l’accès pour les habitants dans leur bassin de vie à un panier de services.

Plus largement, c’est la nécessité de préserver la cohésion sociale qui justifie la notion de « rupture négociée » dont vous avez souhaité, Monsieur le Président, qu’elle soit au cœur de la Breizh Cop.

Et je demande à ceux qui nous invite à aller plus vite sur la question environnementale de ne pas oublier que la question sociale ne peut être oubliée.

Je terminerai mon propos en rappelant que la transformation de notre modèle ne passera pas uniquement par ce document et l’action du Conseil régional.

Il faut d’abord que tous les partenaires publics et privés s’engagent. C’est le sens de la Breizh Cop que se traduit par le cahier des engagements également présenté à cette session. lI faudra faire vivre dans le temps cet élan.

Il faut ensuite que certaines législations évoluent. Je renouvelle mon propos tenu lors de notre précédente session ici à Brest en lancement de la Breizh Cop. Un maire aura toujours plus intérêt à urbaniser qu’à préserver une zone humide. Aucune fiscalité, aucune dotation ne viendra rémunérer ce service pourtant rendu à la collectivité. Le groupe de travail de notre collectivité qui a traité de la fiscalité a fait des propositions. Nous devrons continuer de les porter tout comme nous devrons faire évoluer nos propres politiques régionales.

Il nous faut enfin individuellement accepter de nous remettre en cause. Toute le monde (à part un courant résiduel de climato sceptiques dont la disparition ne sera pas une atteinte à la biodiversité) est d’accord pour sur la nécessité de s’engager pour le climat, défendre les commerces de proximité. Et pourtant, il ne s’est jamais vendu autant de SUV en France, Amazon est un succès et demain c’est le Black Friday.

Tout ne viendra pas du politique et des règles du SRADDET. Le mécanisme le plus puissant de la transition reste notre prise de conscience pour sortir du conservatisme et notre capacité à penser collectif pour échapper à l’individualisme et à l’égoïsme. Décidemment non, nous débattons aujourd’hui d’un sujet qui n’a rien de technique.

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